MOUSSEM DES FIANCAILLES


QUELQUES DONNEES SUR LA TRIBU DES AIT HDIDDOU
ET LE MOUSSEM DES FIANCAILLES D'IMILCHIL

Moussem des fiançailles

I. ORIGINES DES AIT HDIDDOU

C'est au 17ème siècle , sous le règne du sultan My Ismail, que les Aït Hdiddou s'installèrent dans la haute vallée de l'Assif Melloul à 2.000 m d'altitude. Ils arrivèrent dans un mouvement migratoire Sud/Nord ou Est/Ouest et se distinguent de leurs voisins montagnards par le mode de vie et la langue, vivant essentiellement de l'élevage et la pratique de l'agriculture comme une activité secondaire. Les Aït Hdiddou s'opposèrent à leurs voisins berbères qui sont totalement sédentarisés et qui vivaient, avant tout, d'une agriculture intensive aux techniques bien maîtrisées. Les Ait Hdidou parlent le TAMAZIGHT et un peu l'arabe.

Après une période de lutte acharnée contre les Aït Atta, les Aït Hdiddou, fraction de la confédération des Aït Yafelman, purent enfin construire leur premier village : AKDIM

A ce propos, il est important de noter que si les deux fractions des Aït Hdiddou ( Aït Yaazza et les Aït Brahim) ont su préserver intacte, leurs traditions séculaires et élaborer entre elles un certain nombre de rapports sociaux, tels les liens de parenté par mariage, elles ont chacune, à sa manière , codifié des rapports spécifiques avec le monde extérieur.

II. HISTORIQUE DU MOUSSEM

Selon le témoignage de certaine personnes âgées de tribu des Aït Hdiddou , qui se compose de deux fractions : Aït Yaazza et les Aït Brahim, les jeunes de la tribu ont pris l'habitude d'organiser une fête collective de mariage, à la fin de chaque saison estivale. Les festivités sont grandioses quand la récolte est fructueuses.

Tout visiteur des tribus avoisinantes est bienvenu, chez les Aït Hdiddou qui lui réserve accueil et hospitalité.

Les jours de fête sont animés par la fameuse danse d'AHIDOUS, exécutée par les Aït Hdiddou, à laquelle seuls les femmes veuves et divorcées prennent part à la place qu'elles choisissent entre les hommes.

Pour la tribu des Aït Hdiddou le moussem n'est pas un simple événement, c'est un rassemblement à triple vocation : commerciale sociale et religieuse.

Le sens du mot berbère Imilchil, étymologiquement veut dire '' Imi n Lkil'' en berbère et '' Foum El Kail'' en Arabe c'est à dire '' la porte d'approvisionnement '', vu que le lieu du moussem servait autrefois comme marché d'échange de certains produits agricoles et d'artisanat entre les deux versants de l'Atlas.

Ce moussem est connu également, chez les Aït Hdiddou et les autres tribus périphériques sous l'appellation '' Agdoud n'Oulmghani'' ce qui veut dire '' le rassemblement d'Oulmghani'', en référence au saint Marabout, Sidi Ahmed Oulmghani dont le tombe repose sur la place du Moussem. Certains l'appellent également '' Souk Aame'' le marché de l'année'' vu que c'est la seule occasion, autrefois, de s'approvisionner une seule fois dans l'année sans jamais avoir recours à d'autres souks.

III. QUI-EST CE SIDI AHMED OULMGHANI

Aucune source populaire ou historique n'a pu préciser ni la date ou l'époque d'arrivée de cette personne dans cette région, ni la vénération dont il a été l'objet par les populations locales.

Cependant, d'après les personnes âgées de la tribu des Aït Hdiddou, Sidi Ahmed Oulmghani descend d'une famille de la Dynastie Idrisside. Il est venu de lâayoun dans la région d'Oujda, au Maroc oriental, et s'est installé au sein de cette tribu.

Pendant les périodes ou sévissait, la sécheresse, les berges sollicitaient sa Baraka qui alimentait leurs troupeaux. La légende raconte que les chameaux et les autres bêtes qui se reposent et passent la nuit à l'actuelle place du moussem s'engraissent du jour au lendemain sans qu'il y' ait d'herbe sur place...

La mémoire des Aït Hdiddou garde toujours l'histoire orale de ce saint dont le corps a été retrouvé non décomposé suite à la découverte d'une lumière qui émanait de sa tombe, et dès lors les habitants se rassemblaient annuellement autour de sa tombe en signe de reconnaissance à la Baraka de ce grand Saint.

IV. MARIAGE DES AIT HDIDDOU

Fortes ressemblances et infimes différences marquent ainsi la symbolique sociale chez ces deux fractions sœurs, qui forment la tribu Aït Hdiddou . Cette opposition entre ouverture et conservatisme se manifeste surtout et en particulier dans le mariage . Ce qui nous amènera à parler du célèbre Moussem des fiançailles. Si les aït Brahim, sous l'influence du protectorat ont modifié les formes de leur mariage, de collectif en individuel, les Aït Yaazza sont par contre restés fidèles à la forme antérieure ( mariage collectif). On pourrait s'étonner de cette persistance chez la fraction que nous avons vue comme la moins conservatrice. Ce paradoxe pourrait être imputé au besoin '' historique'' d'identification des Aït Yaazza au sein de la grande famille des Aït Hdiddou . Le mariage collectif apparaît donc comme un '' vestige'' des temps anciens du mode de vie agro-pastorale.
Journée officielle de mariage

Après une année de labour et après les moisons et les cueillettes, la commémoration du Moussem du Saint Marabout Sidi Ahmed Oulmghani couronne une période dont elle annonce l 'achèvement et ouvre l'horizon d'un nouveau cycle que chacun se souhaite meilleur que les précédents.

Pour la tribu des Aït Hdiddou le Moussem d'Imilchil n'est pas un simple événement c'est un rassemblement à triple vocation : commerciale, sociale et religieuse.

Sans nous attarder sur les détails, tout vivant, le moussem avec ses divers quartiers est là. Au cours de cette même journée on a eu l'occasion d'assister à la cérémonie des Fiançailles avec toutes sortes de formalité que cela suppose. Cinq jours durant l'ahidous et des traditions ancestrales formeront la trame de cette union.

En effet, lors du premier jour, les envoyés du mari dits '' ISNAYEN'' au nombre de 10 ( 5 hommes et 5 femmes) se rendant à la maison de la mariée munies d'un trousseau modeste et de cadeaux de mariage entre autre un mouton et une grande galette dite ABADIR que les ISNAYEN découpent sur les lieux de la cérémonie en petits morceaux et distribuent aux assistants au mariage. Ils sont accueillis chaleureusement par les invités de la mariée. Bientôt la grande cérémonie du henné prend lieu. Un groupe de femmes entoure la mariée et entame le fameux rituel du henné.

Une femme âgée usant d'un flacon de laine imbibé de henné, marque la mariée au niveau de quelques articulations en commençant par le côté droit se servant d'un fil de laine en entrelacs, elle relie à la base des doigts des deux mains de la mariée ( IZELOUMEN) celle-ci est ensuite vêtue d'un habit blanc du mari ( AQUIDOUR).

- Pour la coiffure, les cheveux de la mariée sont peignés et enroulés en forme saillante appelée communément ( ABOUY).(voir photo en Album)

Son visage est alors voilé d'un foulard en soie dit TASBNIYETE et un collier en ambre dit LOUBAN est mis autour de son cou. Une couverture simple dit IZAR est agrafé avec des fibules dit '' TISOUGHNASSE''.

Une fois la mariée chaussée de Babouches TIKOURBIYINE et embellie par quelques retouches esthétiques le rituel du henné prend fin, vient ensuite l'étape de départ ; le père de la mariée invite sa fille à marcher sur le pan de sa cape ( BURNOUS dit AZENAR) jusqu'à sa monture : la mule qui la transportera à sa nouvelle demeure portera derrière la mariée un petit garçon pendant qu'une vieille femme suit en tenant la mule par sa queue.

Le cortège accompagnateur protégé par les envoyés du mari doit vaincre la résistance livrée par les habitants du ksar d'origine de la mariée qui s'opposent énergiquement à son départ.

Arrivée à destination, le cortège fait le tour du ksar 3 fois en exhortant les saints locaux d'accorder leur bénédiction à la nouvelle mariée, celle-ci accède enfin au domicile conjugal.

En dernier lieu et avant de devenir définitivement membre du foyer accueillant la mariée un petit enfant au dos, un seau plein de datte à la main se rend au point d'eau le plus proche, la un dernier Ahidous est offert en l'honneur de la marée, qui en guise de reconnaissance distribue le contenue de son seau qu'elle rempli d'eau avant de rentre chez elle . la mariée tient un agneau aux bras et toujours le petit garçon au dos tous sur la mule jusque' a sa nouvelle demeure.

V- L'ACTE DE MARIAGE

Après le consentement des futurs époux, les familles précédent aux formalités du mariage, c'est ainsi que les parents du jeune homme demandent la main de la jeune fille désirée par leur fils. L'établissement de l'acte du mariage peut se faire immédiatement, comme il peut être reporté jusqu'à la tenu du mousem.
Le jeune époux ou son tuteur offre une dote symbolique à sa future femme, alors que le père de la fille se charge de l'achat de ses habits durant la 1éré année.
Costume traditionnel Aît IAAZZA

Toute la tribu manifeste sa joie en participant à la cérémonie du mariage, caractérisée par les chants et danses pendant cinq jours de fête. Les invités peuvent se réjouirent de toute sorte de plats de la cuisine des Ait Hdiddou, et particulièrement les différentes sortes de pain que nous décrivions ultérieurement.

VI- L'ART CULINAIRE

En plus du couscous, le Tagine et les autres recettes introduites dans la cuisine des Ait Hdiddou, celle-ci est beaucoup plus caractérisée par la richesse des différentes sortes de pains que préparent les populations à diverses occasions.
Nous vous décrivions, à présent les 3 trois types de pains connus chez cette tribu :

1- ABADIR

C'est un grand pain de 1 mètre de diamètre , composé de :
- 25 kg de farine de blé raffiné ;
- 10 litre d'eau ;
- 20 grammes de sel ;
sans utilisation de la levure.
Ce pain est préparé par les homme, ils mettent la pâte qui mesure environ 5 cm d'épaisseur sur un ensemble de cailloux déjà chauffés et nettoyés du cendre, ensuite elle est recouvert du cendre et des plantes, notamment l'armoises qui brûlent pendant une heure. Enfin le pain est cuit quand on refait la même opération en mettant du feu sur l'autre face de la pâte pendant une heure supplémentaire. Ce pain d'Abadir peut être conservé pendant une semaine, il peut nourrir jusqu'à 40 personnes, et la famille du marie la présente comme cadeau à celle de la mariée.

2- BAHMMOU

C'est un pain rond, son diamètre dépasse 15 cm. Il est préparé en enveloppant une pierre à la forme ronde. Ce pain est également préparé sans levure.Il est connu que les bergers mettent ce pain dans le capuchon de leurs djellabah pour le manger et se faire chauffer le dos en période de froid.

3- AHATTOUCH

C'est un pain normal contenant des extraits de certaines plantes médicinales cueillies dans les montagnes.

VII- L'ARTISANAT

1- la ferronnerie : celle-ci est composée de la fabrication de grilles- fenêtre, fourneau, poele, serrures, articles et instruments destinés à l'agriculture tels : la hache, la pioche, la faucille, le marteau, les fers, les brides en plus des ustensiles de cuisine, les couteaux, les braseros, tripied.
2- Le tissage : la femme des Ait Hdiddou est une artiste qui confectionne de la laine des beaux vêtements, particulièrement : la cape, le burnous, l'Adjellabah, le pantalon, les chaussettes
3- L'homme façonne de la laine des objets utiles comme : les chaussures de laine, le protège bras, les chaussettes ….etc.

VIII- HABILLEMENT ET COSTUMES

En général la femme des Ait Hdiddou s'exprime plus que tout autre par son habillement que est plus " signe " une " protection ". par le vêtement et la coiffure, elle exprime sa résistance ou son adhésion aux changements sociaux. Résistance, il est vrai plus revendiquée par les femmes des Ait Brahim que celle des Ait YAazza. Ainsi le vêtement n'est plus " tradition " mais " Traditionnalisation ".

- La " coiffe " " Aqlous " surélevée chez les femmes mariées, plate chez les jeunes filles, est de rigueur chez les femmes Ait Brahim, mais simple ornement les jours de fête chez les Ait Yaazza.
- La cape dite " tahendirt " aussi, comporte sa petite différence. Tissu en laine avec des rayures verticales de 4 couleurs de base ( indigo, noir, rouge, blanc) pour les Ait Yaazza, plus des rayures vers pour les femmes Ait Brahim.

1- Ait IAAZZA
L'habit féminine de cette fabrication de la tribu des Ait Hdiddou est composé de :
- une gandoura dite AKIDOUR recouverte d'une grande étoffe blanche retenue par des fibules au niveau de la poitrine ;
- pantalon blanc ;
- collier en ambre ;
- foulard en soie dit tasbniyt, maintenu sur la tête par des cordelières en soie de couleur rouge et verte ornées de paillettes d'agent ;
- les cheveux sont peignés et enroulés en forme ronde au niveau des oreilles ( Aabrouk)
- la ceinture est sous forme de cordelière fait en pure laine, elle est appelée. Tasmart
- une cape zébrée fait de laine dont les rayures sont blanches, noires et rouges ;
- les babouches en cuire ornées de paillettes d'agent et souvent bordées de différentes couleurs ;
- les boucles d'oreilles en argent.

2- AIT BRAHIM
Le costume féminin se présent comme suit :
- Gandoura sous forme d'une étoffe blanche plus pantalon blanc ;
- La ceinture : cordelière en laine de différente couleurs ornée de paillettes d'argent
- Cape en laine de couleur noire avec rayures blanches et rouges
- Babouches en cuire ornées de paillettes ou bordées en fils d'agent ;
- La tête est couverte d'un foulard ( Tasbnyt) en soie, soutenue de cordelières rouges et vertes autour de la tête
- Bracelets argentées à raison de 2 par main ;
- les fibules sont utilisées pour rentier l'étoffe et la cape au niveau de la poitrine ;
- La coiffure des cheveux de la mariée sont peignés et enroulés en forme saillante appelée communément abouy ;
- Pendentif ornée en ambre mis autour du cou : loubane
- Bretelles soutenant l'habit au niveau des aisselles.
Quant à l'habit masculin, il est généralement commun aux deux fractions de la tribu des Ait Hdiddou. Les hommes sont vêtus de Djellabah couvert d'un burnous le tout en pure laine noir ou blanche et un turban sur la tête, comme coiffure.
Troup flklorique des tribu des Aît YAFLMANE
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